La prison pour femmes de Sort

De la Guerre civile espagnole à la Deuxième Guerre mondiale

La prison pour femmes se trouvait dans un bâtiment contigu à celui de la prison des hommes, sur la Place Saint Eloi. Il s’agissait d’un petit local appartenant à Agustí Muxí Monroset, médecin de Sort9. Les registres dans lesquels sont consignées les entrées et les sorties de la prison du 16 août 1938 au 17 novembre 1953 ont été conservés. Il s’agit d’un registre unique, où figurent les hommes et les femmes.

Full del registre de presoners de la presó de Sort. Any 1938.
© ACPS. Ajuntament de Sort. Presó de Sort.
Page du registre des prisonniers de la prison de Sort.
Année 1938. © ACPS. Municipalité de Sort. Prison de Sort.

Entre septembre 1938 et fin 1939, les femmes figurant dans le tableau suivant sont emprisonnées. Elles restaient toutes à la disposition de l’autorité militaire, soit pour déclarer, soit pour être transférées à Tremp pour y être jugées, soit pour être expulsées de la comarque en direction d’autres lieux en Espagne.

NomVilleDateMotif
Adelina FarréSort15/11/1938Disposició Guàrdia Civil
Adriana Llaràs ViladomatLlessui28/09/1938Evacuada
Angeles Farré Barba03/11/1938Evacuada
Assumpció FarréSort15/11/1938Disposició Guàrdia Civil
Aurèlia BrachPeramea29/09/1938
Concepció Barba SeminoAltron03/11/1938Evacuada
Concepció Sans CasellesMalmercat15/11/1938
Concepció Sibís
Consuelo Esquerra CarreraMencui14/06/1939
DoloresLa Bastida05/11/1938
Dolores Ampuy PortellaLlessui10/10/1938Evacuada amb 4 menors
Dolores BirbePeramea29/09/1938
Dolores Rabasa LlinàsLlagunes10/10/1938Evacuada
Dolores Torres BarrotBalaguer04/11/1938Evacuada amb 3 menors
Elena Faurat CarreraLlessui28/09/1938Evacuada
Elvira26/07/1939
Elvira Trilla AmpuyLlessui28/09/1938Evacuada
Emilia Farré Barba03/11/1938Evacuada
FranciscaLa Bastida05/11/1938
HerminiaLa Bastida05/11/1938
Josefina Farré BarbaCastellviny04/11/1938Evacuada
Josefina Mesull Balar07/09/1938Disposició jutge militar
Josefina Tofet AlejandreSanturtzi (Biscaia)02/09/1938Presumpta espia
Leonor Garcia JordanaLlessui28/09/1938Evacuada
Leonor Torres FrancescaLlessui28/09/1938Evacuada
Lluïsa Semino PagésRodés27/09/1938Conduïda a Tremp
Magdalena Barba SeminoCastellviny04/11/1938Evacuada amb 1 menor
MariaLa Bastida05/11/1938
Maria Camps BardinaArestui04/11/1938Evacuada
Maria Castellá BringuéEsterri de Cardós12/07/1939
Maria Moga CastellarnauEsterri d’Àneu11/08/1939Jutge militar
Maria Palau Palau26/07/1939
Maria Pau GalíOlp15/11/1938Evacuada
Maria Pedrico10/06/1939
Maria RaimatSort15/11/1938Disposició Guàrdia Civil
Maria Ramoneda BollóPuigforniu10/10/1938Evacuada
Maria Tomasa CarreraRodés27/09/1938Conduïda a Tremp
Maria Villar BerrosSort23/09/1938Jefatura Guàrdia Civil
Matilde Areny Babot03/07/1939
Mercè SegalàsLa Bastida05/11/1938
Milagros Areny Babot03/07/1939
Montserrat Rei PauSort15/11/1938Evacuada
Pepita Canut BringuéUnarre25/09/1938Jutge militar
Pilar Escur PlanaLlessui03/11/1938Evacuada
Pilar Francesca TomàsLlessui28/09/1938Conduïda a Tremp
Pilar Vilanova Mesull07/09/1938Disposició jutge militar
Ramona FarréSort15/11/1938Disposició Guàrdia Civil
Rosa RamonedaLa Bastida05/11/1938Evacuada
Rosita Canut BringuéUnarre25/09/1938Jutge militar
Teresa Tohà JovéTírvia04/11/1938Evacuada
Teresita Muntaner10/10/1938Evacuada

Avec l’arrivée de l’armée franquiste à Sort en 1938, c’est une machine implacable de répression qui est mise en place pour inculper les personnes qui s’étaient fait remarquer dans la défense de la République en intégrant les comités antifascistes et les mairies. Dans ce sens, quelques femmes enregistrées à la prison pendant la période comprise entre septembre et novembre 1938 y sont enfermées pour répondre devant l’autorité militaire. Cette répression s’accompagne de la violence indistincte exercée par les hommes du général Sagardia qui assassinèrent près de soixante-dix personnes de la région sans procès préalable.

Lluïsa Semino Pagès, Maria Tomasa Carrera de Rodés et Maria Moga d’Esterri d’Àneu, ont été enfermées le 27 septembre 1938. Lluïsa Semino (Perpignan, 1886) et Maria Tomasa (1902) avec le frère de la première, Francesc Semino Pagés (Perpignan, 1889), vont être appelés devant un conseil de guerre qui les condamnera à 12 ans et 1 jour de réclusion. La peine fut commuée par la suite, puis elles furent remises en liberté. Malgré cela, en 1944, elles sont nommées dans un dossier de responsabilités politiques, bien que finalement, il semble que l’instruction de ces dossiers n’aient pas été menée à terme.

Maria Moga Castellarnau (Esterri d’Àneu, 1912) fut jugée lors d’un procès sommaire qui concernera également quinze habitants d’Esterri. Maria fut condamnée à 12 ans et 1 jour de prison. La peine fut commuée à la moitié de sa durée, c’est à dire 6 ans et un jour de prison. Enfermée à la prison provinciale de Lérida en 1941, elle obtient la liberté conditionnelle, puis retourne vivre à Esterri d’Àneu. Un frère de Maria, Pere, fut également convoqué devant un conseil de guerre, mais le cas serait finalement classé, celui-ci n’ayant pas pu être arrêté. Pere, ouvrier du bâtiment, avait été accusé lui d’être « très rouge », membre de la Confédération nationale du travail (CNT), et d’avoir participé aux patrouilles des milices, et de menacer les personnes de droite de la commune.

Pilar Francesca Tomàs (Llessui, 1894), enfermée le 28 septembre, fut convoquée par deux fois devant un conseil de guerre. Elle fut acquittée pour le premier, dans lequel était également impliqué son frère Manuel (Llessui, 1902), qui lui serait condamné à 12 ans et 1 jour de prison accusé d’être un membre du parti Esquerra Republicana de Catalunya. Dans le cadre du deuxième, elle fut condamnée avec quatorze personnes de Llessui, entre autres, son frère à nouveau, mais la procédure serait classée. Au début des années quarante, un dossier en responsabilités politiques fut instruit contre les frères Francesca Tomàs. Manuel fut condamné en 1941 alors que l’instruction qui concernait Pilar n’aboutirait pas.

À la fin de la guerre, il écrirait le livre « Del Alto Ebro a la Fuentes del Llobregat. Trenta y dos meses de guerra de la 62 División » qui relate l’expérience sur le front de cette unité militaire. Il fut nommé inspecteur de la Police armée et c’est dans cette fonction qu’il accompagnera le Ministre de l’Intérieur de l’époque, Ramon Serrano Suñer lors de la visite que celui-ci réalisera à Berlin (Allemagne) en septembre 1940 pour rencontrer, entre autres responsables nazis, Heinrich Himmler. Il accompagnera également Himmler lorsque celui-ci se rendra en Espagne en octobre de cette année.

Adriana Llaràs Viladomat de Llessui, enfermée elle aussi le 28 septembre, bien qu’elle soit notée « expulsée », a subi également la répression franquiste et fut convoquée devant les mêmes tribunaux militaires que Pilar Francesca. Dans le premier elle fut acquittée, et la deuxième cause fut reportée.

Un deuxième groupe de femmes à être emprisonnées puis ultérieurement expulsées vers d’autres endroits d’Espagne. Les autorités militaires décidèrent après avoir occupé la zone, qu’il fallait éloigner du Pallars les familles des personnes ayant combattu dans les rangs de l’armée républicaine, qu’elles soient parties en exil ou qu’elles soient emprisonnées. Cette répression avait pour but d’évacuer de la zone quiconque pouvait constituer un trouble à l’ordre public. De nombreuses familles de la région durent passer pendant cette année 1938 par ce douloureux déplacement, qui impliquait d’abandonner sa maison et ses biens. Pour la plupart, il s’agissait de mères accompagnées de leurs enfants mineurs. Les véhicules militaires les recueillaient dans plusieurs lieux de la région pour les concentrer ensuite à Sort, d’où on les transportait vers leur destination finale. La plupart partirent pour la province d’Osca, répartis dans plusieurs villes, parmi elles, Tormos, Alcalà de Gurrea, Lupiñen, Ortilla et Montmesa.

C’est le cas de la famille Rey Pau de casa « Roy » de Castellviny. Maria Pau Galí et ses jeunes enfants Enric, Alfons, Montserrat et Víctor, furent expulsés à Tormos. Le père s’était réfugié en Andorre, et ses trois autres fils combattaient dans l’armée républicaine. D’après les souvenirs d’Enric Rey, avec d’autres personnes de Sort, parmi elles la famille des Teixidor (Maria Raimat et ses filles Adelina, Assumpció et Ramona), ils furent convoqués par le maire sur la place Major, où ils furent contraints de monter dans des camions militaires et conduits jusque dans ce village aragonais. Certaines familles de Rialp formaient déjà ce convoi, et d’autres le rejoindraient à Gerri de la Sal et à Tremp. La famille Rey – Pau restera à Tormos de mai 1938 à janvier 1939. Ils dormiront à même le sol pendant dix-sept jours avec seulement deux couvertures pour les cinq membres de la famille. Ils furent ensuite installés dans de vieilles baraques, qui avaient servi des années auparavant à loger des travailleurs venus participer à la construction du barrage de Sotonera. Ils vivaient de l’aide fournie par le Secours social.

En novembre 1938, un événement particulier qui allait bousculer la vie des « Roy » et des « Teixidor » à Tormos se produirait. Pendant la nuit du 3 au 4 novembre, le poste militaire situé sur le pont suspendu de la Bastida est attaqué. À la suite de cela, la phrase suivante sera attribuée au général Sagardia, « Je fusillerai dix Catalans pour chaque homme de ma garde tué ». Selon ce que déclare l’historien Manuel Gimeno, et comme le confirme le registre des prisonniers, ce jour-là furent arrêtés des habitants de Surp, la Bastida, Escàs, Altron, Bernui et Llessui, parmi eux, six femmes de la Bastida. 11 personnes furent envoyées à Rialp et assassinées sur le domaine appelé « Molina de Josepet ». La répression ne toucherait pas seulement les habitants du Pallars Sobirà, les « Roy » de Castellviny et les « Teixidor » de Sort furent transportés de Tormos à Sort, pour être interrogés pour les faits de la Bastida. Ils furent emprisonnés et quelques jours plus tard, renvoyés en Aragon. Enric Rey se souvient que lui et ses deux jeunes frères, Alfons et Victor avaient dormi à la prison pour hommes alors que leur mère et leur sœur Montserrat étaient enfermées à la prison pour femmes, située à côté de la première27.

Maria Pau Galí, empresonada a la presó de dones durant l’any 1938
i el seu marit Domènec Rey Isanta. © Família Rey-Franch.
Maria Pau Galí, emprisonnée à la prison pour femmes en 1938 et son mari. Domènec Rey Isanta. © Família Rey-Franch.

La plupart des autres femmes expulsées avaient également de la famille dans l’armée républicaine, ou avaient intégré les municipalités et les comités antifascistes avant l’arrivée des troupes franquistes dans la région. Parmi celles qui faisaient partie de l’armée de la République, on mentionnera Pilar Vilanova Mesull dont un frère avait combattu dans le Corps des carabiniers, et un autre frère, Marcel·lí, condamné par un conseil de guerre avec d’autres jeunes hommes d’Enviny. Elena Faurat de Llessui avait également deux frères, Manuel et Àngel, combattant républicains. Tous deux partirent en exil, accompagnés de la femme de Manuel, et furent envoyés dans des camps d’internement en France. Manuel à Agde, d’où il fera une demande pour partir au Mexique et Àngel à Barcarès. Un autre frère, Francesc, fera l’objet d’un procès devant le Tribunal de responsabilités politiques en 1939.

Josep Ramoneda Bolló, frère de Maria Ramoneda, avait combattu aussi dans les rangs républicains à l’instar de Josep Castellà Bringué, frère de Maria Castellà qui serait jugée en 1938 par un tribunal militaire et accusée de défaitisme.

De leur côté, les sœurs Rosita et Pepita Canut Bringué d’Unarre avaient un frère, Antoni, qui serait également arrêté par les troupes franquistes, et condamné à trente ans de réclusion, par un conseil de guerre sommaire accusé d’avoir exercé en tant qu’adjoint à la mairie pour le parti Esquerra Republicana. Josep Trilla Ampuy (Llessui, 1904), frère d’Elvira Trilla, qui avait été maire de Llessui pour Esquerra Republicana de Catalunya, fut jugé devant un tribunal militaire et condamné à 30 ans de réclusion. Des années plus tard, la peine fut commuée. Antonio Barba Semino, frère de Concepció Barba de chez Pona d’Altron et de Magdadena Barba, mariée dans la famille de Serafina de Castellviny, faisait partie du Comité antifasciste de Sorpe. Un frère de Dolores Torres Barrot, Andrés, était membre du Parti socialiste unifié de Catalogne (PSUC) de Balaguer.

Agustí Muxí Monroset (Sort, 1891– 1972), era la segona generació de metges de la família després
d’haver rellevat al seu pare Agustí Muxí Badet, originari de Solsona, que també havia exercit a Sort a principis del segle XX.
À la fin de la guerre, il écrirait le livre « Del Alto Ebro a la Fuentes del Llobregat. Trenta y dos meses de guerra de la 62 División » qui relate l’expérience sur le front de cette unité militaire. Il fut nommé inspecteur de la Police armée et c’est dans cette fonction qu’il accompagnera le Ministre de l’Intérieur de l’époque, Ramon Serrano Suñer lors de la visite que celui-ci réalisera à Berlin (Allemagne) en septembre 1940 pour rencontrer, entre autres responsables nazis, Heinrich Himmler. Il accompagnera également Himmler lorsque celui-ci se rendra en Espagne en octobre de cette année.

Antonio Sagardia Ramos (Saragosse, 1879 – Madrid, 1962) est passé à l’histoire du Pallars Sobirà comme l’instigateur sanguinaire de l’assassinat d’une soixantaine de personnes sans procès préalable.