La Prison de Sort: prison pour hommes et prison pour femmes

Au milieu du XIXe siècle, Sort devient circonscription judiciaire, ce qui entraîne l’aménagement d’une prison pour hommes et d’une prison pour femmes. La prison pour hommes fut installée dans un bâtiment connu sous le nom de Casa Xorret où autrefois se trouvait une chapelle gothique consacrée à l’invocation de Saint Cosme et de Saint Damien destinée, à l’origine, à des fonctions de petit hôpital. L’espace avait été acquis par la Mairie de Sort lors d’une des expropriations de biens ecclésiastiques qui eut lieu au XIXe siècle. La prison pour femmes fut installée dans une propriété privée annexe.

Plaça Sant Eloi circa 1925
Grup de gent ballant sardanes a la Plaça Sant Eloi envoltats de militars, possiblement durant la festa major. 1944

La prison pour hommes, située au numéro 5 de la place Sant Eloi, occupait 24 m². À l’intérieur, il y avait deux espaces et, à l’extérieur, une grille de fer était fixée à la façade. Une fenêtre était le seul élément de ventilation. Elle disposait de latrines et d’un robinet d’eau courante pour se laver. Celle des femmes, située au numéro 6, dans un bâtiment appartenant à Agustí Muxí, avait une superficie de 14 m².

Pendant la Guerre civile espagnole, différents groupes de personnes poursuivies par les républicains, puis au terme de cette guerre ceux qui allaient être victimes de la répression franquiste.

Durant la Deuxième Guerre mondiale, des centaines de réfugiés étrangers passent par là.

Antoni Rialp Porta, militant du Parti ouvrier d’Unification marxiste (POUM), incarcéré en juin 1939 après avoir été arrêté alors qu’il tentait de se réfugier dans la Principauté d’Andorre, décrit l’établissement :

« Ni vêtement, ni lit, ni savon ou médicaments n’étaient distribués aux détenus en cas de besoin. Bientôt, la gale et les poux se sont emparés de nous de façon insupportable, car nous dormions tous à même le sol et les corps se touchaient les uns les autres, car nous n’avions que 30 centimètres d’espace pour chacun »

Henri Birnbaum, un Français emprisonné en novembre 1942, après avoir fui les nazis à travers la Vallée de Cardós, se souvient de ce qui suit:

« Je me souviens encore que la prison de Sort était une pièce carrée, sans fenêtres, avec des toilettes, ou plutôt un endroit où nous faisions nos besoins, à la vue de tous. Cette pièce, aussi grande fut-elle, ne pouvait suffire aux personnes qui s’y entassaient et nous ne pouvions même pas nous asseoir. Elle donnait sur une cage rectangulaire sur la place et, chacun notre tour, nous pouvions sortir et respirer un peu d’air pur ».

Pendant la durée des actions de la guérilla armée qui, à l’automne 1944, tenta de renverser le gouvernement de Franco, les maquisards arrêtés dans la région du Pallars Sobirà furent également conduits à la prison du Sort. Plus tard, les accusés de délits mineurs, essentiellement des vols, induits par l’extrême misère des premières années de franquisme, y furent emprisonnés. La prison sera fermée en 1968 en raison de la disparition de la circonscription judiciaire de Sort. L’espace sera ensuite utilisé comme entrepôt municipal jusqu’à ce qu’il soit récupéré pour devenir l’actuelle « Prison-Musée Chemin de la Liberté ».