Les prisons comme espace de punition
Les prisons de Sort
Peu à peu, et notamment après la promulgation du Code pénal de 1848, la privation de liberté est établie pour punir la commission d’actes délictueux. En conséquence, et intimement liée au tribunal de première instance, la prison de district où devaient être enfermés les prévenus pour le procès afin de pouvoir mener à bien la pratique des preuves, l’assistance au procès et l’exécution des peines, prend de l’importance. L’emprisonnement avait donc une double fonction, préventive et punitive.
Historiquement, chaque village d’une certaine importance disposait de sa prison comme d’une dépendance municipale de plus, parfois même intégrée au bâtiment de la marie lui-même. Après l’implantation des districts judiciaires, les gouverneurs civils veillaient à ce que des espaces soient habilités en tant que prison, pour chacune des circonscriptions. Il était également prévu d’en finir avec les installations communes qui abritaient femmes et hommes indistinctement.
En 1849, est promulguée la Loi relative aux Prisons, qui établissait que la prise en charge du prisonnier devait être supportée par l’ensemble des communes du district judiciaire. Les dépenses courantes et de personnel seraient assumées par l’État. La loi, outre la déclaration de séparation des hommes et des femmes, établissait qu’il convenait d’habiliter une installation pour mineurs, une pour les prisonniers politiques et une autre pour purger des peines plus lourdes et pour les peines correctionnelles.
Les premières informations sur la prison de Sort sont les références qui apparaissent dans l’ouvrage d’Agustí Coy y Cotonat, quand il parle de la chapelle Sant Eloi :
« Avant, elle s’appelait San Cosme y San Damián. Le 5 janvier 1820, la mairie a présenté une demande au Prélat, afin que celui-ci accepte d’autoriser un prêtre à vérifier et réconcilier la chapelle de San Eloy, profanée par les troupes, qui en avaient fait une prison pendant la guerre précédente.
L’Evêque Bernardo accédera à la demande, selon l’arrêté inséré dans le livre des Arrêtés. Le 21 septembre, elle sera réconciliée par le prêtre de la Bastida. Des célébrations y eurent lieu quelques années, mais elle fut profanée à nouveau ; elle servira quelque temps d’école de Latinité et enfin, elle sera destinée à accueillir la prison du district. Sa construction intérieure était de style roman comme le bâtiment primitif paroissial ».
COY COTONAT, Agustín, op. cit., p. 624.
Il semble donc que la chapelle de Sant Cosme i Sant Damià, située sur la place Sant Eloi, commence à être utilisée de manière stable en tant que prison au début du XXe siècle, après le désamortissement, et qu’elle passe des mains de l’église à celles de la Municipalité. Nous devons également supposer qu’elle avait servi, comme l’indique Coy y Cotonat lui-même, de prison pendant les guerres qui avaient eu lieu au XIXe siècle : la guerre contre les Français, et les guerres carlistes. On ne dispose d’aucune référence documentaire faisant mention de la prison pour femmes de cette période.
Pendant le XXe siècle, le responsable des prisons était l’officier de justice rattaché au tribunal de première instance de Sort. Pendant la Deuxième République, cette fonction était exercée par Maties Rafel Simorra. Après l’arrivée des forces franquistes à Sort en 1938, Rafel est victime d’une procédure d’épuration et est accusé d’être l’associé du Centre républicain catalan et partisan du Front populaire4. Il est également poursuivi par le Tribunal des responsabilités politiques en 1939, qui instruit contre lui un dossier en vertu de la Loi des responsabilités politiques le 9 février 19395. Ce tribunal imposait des sanctions économiques à tous ceux qui avaient participé à la vie politique entre 1934 et la Guerre civile. Dans la pratique, les sanctions se traduisaient par des amendes et des expropriations de propriétés ou d’entreprises.
Finalement, le Bulletin officiel de l’État du 6 janvier 1941 publierait l’expulsion définitive du service de Maties Rafel en vertu du dossier d’épuration instruit contre lui. Au cours de ce mois de janvier de 1941, Moisés Cervós Llinás, Président de la Commission régionale des mutilés de guerre, avocat, qui par accident avait assuré des fonctions de juge avant la Guerre civile et après, ordonne que soit nommé officier de justice Joan Ricart Orteu de Tírvia en raison de sa condition de mutilé de guerre, ce qui lui permettait d’avoir la préférence pour opter à des postes dans l’administration publique. Ricart touchait un salaire de 250 pesetas par mois. L’affectation ne semblait pas avoir été réalisée selon la manière établie, car aucun concours obligatoire n’avait été convoqué6. Des années après, la place fut attribuée à un membre de la Guardia Civil à la retraite, Francisco Losada Carita. Losada, descendant d’une famille de carabiniers, était marié à Consuelo Bufalà Ralla d’Esterri d’Àneu. Le père de Consuelo, Casimiro Bufalà, avait été le président du parti Esquerra Republicana de Catalunya (Gauche républicaine de Catalogne) à Esterri pendant les années de la Deuxième République7. Le couple avait eu deux fils, Julio et Casimiro, qui avaient combattu dans les rangs de l’armée républicaine. Ce même Francisco Losada, fut convoqué devant un conseil de guerre sommaire avec des habitants de Sant Esteve de la Sarga, au cours duquel il fut acquitté.

